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La vapeur d'eau et les nuages
La vapeur d'eau est le gaz à effet de serre le plus important
puisqu'elle est responsable d'environ 60% 1 de l'effet de
serre. Comme on suppose que la concentration de la vapeur d'eau
a toujours été plus ou moins la même, on ne peut pas considérer
qu'elle contribue à l'augmentation de l'effet de serre. Mais
ceci pourrait changer si la terre se réchauffe ...
Les plus grandes incertitudes
sur le climat du futur sont sûrement celles qui concernent
le rôle de la vapeur d'eau et des nuages, et leurs interactions
avec le rayonnement.
La saturation
L'air a la possibilité de garder de la vapeur d'eau, et cette
capacité augmente avec la température.L'air chaud peut contenir
plus d'eau que l'air froid. La courbe de saturation ci-contre indique
quelle quantité d'eau peut contenir de l'air à une certaine température,
avant que la condensation commence, c'est à dire que l'humidité relative
atteigne 100%. Dans l'atmosphère généralement, l'air n'est pas
saturé. L'humidité relative est donnée par la relation suivante
:

et cette humidité relative peut énormément varier.
p = pression partielle de vapeur d'eau
psat = pression partielle de l'eau à saturation
Cette dernière valeur dépend de la température comme on peut le
voir sur le graphe de droite.
D'une façon générale on peut dire que si la température de l'air
augmente, l'évaporation augmente, et qu'à ce moment-là il y a davantage
de vapeur d'eau dans l'air. Dans la couche limite de la troposphère
(jusqu'à 1 ou 2 km d'altitude) ces processus sont relativement
simples. Par contre dans la troposphère libre, c'est un peu plus
compliqué et c'est pourtant là que le risque d'augmentation de
l'effet de serre par la vapeur d'eau est le plus élevé.

Les nuages réfléchissent une partie des rayons
solaires (en jaune),
mais absorbent aussi les rayons infrarouges
de la Terre (en rouge) et en renvoient
une partie vers la Terre,
comme le ferait un gaz à effet de serre.
source de l'image: Karlsruher
Wolkenatlas © Bernhard Mühr
(taille pleine: 120 K)
La formation des nuages
Si l'humidité dans l'air augmente, il y aura par conséquent davantage
de nuages. Les nuages interagissent de deux façons différentes
avec le rayonnement. D'un côté, ils agissent comme un gaz à effet
de serre, c'est à dire qu'ils retiennent la chaleur émise par la
Terre et la lui renvoient. Mais d'un autre côté, ils filtrent les
rayons du soleil et font augmenter l'albédo de la Terre, en
renvoyant vers l'espace une partie des rayons solaires qui ainsi
n'atteignent pas la surface terrestre. Que l'un ou l'autre de ces
deux processus domine dépend en grande partie du type de nuage.
Les nuages les plus hauts tendent à réchauffer la Terre, tandis
que les nuages les plus bas tendent à réfléchir davantage les rayons
solaires et donc à refroidir la Terre.
La double rétroaction
Un processus A peut avoir une conséquence sur un processus B;
si ce processus B fait ensuite accroître le processus A et donc
le B etc... on appelle cela une rétroaction positive. Si par contre
le processus B tend à ralentir le processus A la rétroaction est
dite négative.
L'augmentation de la vapeur d'eau et le nombre plus important
de nuages pourraient avoir des effets rétroactifs opposés
sur le réchauffement planétaire futur, comme indiqué sur
le schéma ci-dessous. On n'est pas sûr cependant qu'au total,
les conséquences de la formation croissante de nuages aura
un effet refroidisseur sur le climat. Selon les modèles les
conclusions sont parfois différentes.

Rétroactions du cycle de l'eau : Puisque l'augmentation
des températures tend à accroître les concentrations de vapeur
d'eau, et que davantage de vapeur d'eau conduit à réchauffer la
Terre par effet de serre, on pourrait avoir une amplification de
l'effet (rétroaction positive). Alors, l'augmentation de la couverture
nuageuse pourrait contrebalancer cet effet. Mais les nuages hauts
ont un effet de réchauffement (flèche pointillée). Malheureusement,
l'état des recherches scientifiques sur les nuages n'est pas
assez avancé pour savoir précisément ce qui va se passer.
.
schéma: Elmar Uherek
Les incertitudes
Les modèles climatiques font des simulations sur une taille
donnée (on peut comprendre qu'ils ne simulent pas ce qui
va se passer au mètre près). Or les variations locales des
concentrations de la vapeur d'eau et la formation des nuages
se font sur des tailles inférieures à celles des modèles.
Les modèles sont trop imprécis pour prendre par exemple en
compte chaque nuage qui apparaît au dessus d'un grand lac.
Il y a donc de nombreuses incertitudes sur les processus,
en particulier à propos des :
- mouvements de l'air à grande échelle
- mouvements de l'air à trop petite échelle pour les modèles
- microphysique des nuages
- interactions des nuages avec le rayonnement en fonction
de la taille des gouttes d'eau qui les composent
- distinction entre les nuages faits d'eau liquide ou de
cristaux de glace
et autres.
L'atmosphère est un système constamment en mouvement et
loin du simple équilibre. Selon la latitude, le transport
de l'humidité se fait par plusieurs processus :
- la convection (transport vertical) aux tropiques, où se
forment d'énormes cumulonimbus
- les mouvements à grande échelle aux latitudes moyennes
et hautes, où on trouve surtout des nuages stratiformes
- l'advection (transport horizontal) dans les régions sèches,
entre les tropiques et les latitudes moyennes.
La vapeur d'eau comme partie prenante
de l'atmosphère
en mouvement
Estimations des rétroactions de la vapeur d'eau et des
nuages
D'après les estimations scientifiques récentes, si les concentrations
de CO2 dans l'air étaient multipliées par deux,
entre la valeur préindustrielle de 280 ppm qui passerait
donc à 560 ppm (nous avons actuellement 370 ppm en 2001),
la température augmenterait de 1,5 à 4,5°C. Cette incertitude
importante (3°C ça change beaucoup de choses!) est due essentiellement
aux incertitudes qui planent autour de la formation des nuages.
Dans le cas où le CO2 doublerait, sans autre
changement, le forçage radiatif serait augmenté de 3,5 à 4
W/m2 (correspondant à une augmentation de température
de 1,2°C). En prenant en compte les effets de la vapeur d'eau
qui serait augmentée dans l'air, cette valeur du forçage
doublerait (7 ou 8 W/m2). Il f aut alors
ajouter l'impact des nuages, qui pourraient faire soit légèrement
baisser (ce qui semble plus probable) soit augmenter
encore la température. L'incertitude est estimée entre -3
et +3 W/m2. Ceci conduit à une forçage radiatif
d'environ 4 à 11 W/m2 si le CO2 double,
soit à une augmentation de température entre 1.5 et 4.5 °C.
Au final si on se rappelle de l'augmentation de 1,2°C si
le CO2 doublait sans rien considérer d'autre,
on se rend compte de l'importance qu'il y a à estimer
l'impact de la vapeur d'eau sur le climat pour connaître
ce que l'avenir nous réserve!
1) A propos de
l'influence de la vapeur d'eau sur l'effet de serre, certains
scientifiques avancent même le chiffre de 80% en
prenant en compte l'absorption IR par les nuages (Curry&Webster,
Thermodynamics of Atmospheres and oceans, Academic Press,
1999).
A propos de cette page:
auteur: Dr. Elmar Uherek - MPI for Chemistry
Mainz
relecteurs scientifiques: Dr. Benedikt Steil - MPI for chemistry, Mainz 2004-05-16,
Dr. Susanne Nawrath, Potsdam Institute for Climate Impact Research - 2003-06-10
relecteur pédagogique: Michael Seesing - Uni Duisburg - 2003-07-02
dernière version: 2004-05-17
Source de cette page: http://www.atmosphere.mpg.de/enid/e3ff31af9e448dde8ae3ab4865b2f9bc,0/2__Rayonnement_et_gaz___effet_de_serre/-_la_vapeur_d_eau_2tx.html
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